Les espaces de
Haider
Thierry Cardon
…"
Si les signes en explorent l'inconscient, la matière, quant
à elle, est charnelle, à la mesure de l'existence, ou bien,
à la mesure de la volupté aérienne et diaphane de la lumière,
telles des portes qui s'ouvrent et se ferment.
…
Une porte. Une porte
peinte par Haider, est-elle la plus grande illusion ? Où se
situe - t’elle ? Que cache t’elle ? Comment, ici, l’entre-deux
unit-il autant le peintre et son double, le spectateur ? La
porte défend un accès. Elle est aussi l’invitation à y
accueillir nos rêves et souvenirs lointains, à y entrer, car la
saveur de leurs textures et couleurs irisées ne nous trompent
par sur la nature d’un bonheur caché, là, derrière. Le gond,
rouillé parfois, nous rappelle l’essence du mécanisme gestuel de
l’ouvrir et du fermer comme l’être et non-être. La porte peinte,
telle un sphinx, veille éternellement sur nos questions
existentielles afin de nous tenir debout face à elles.
Paradoxe des ciels,
aussi plats qu’une toile, dont la rugosité devient ici aussi
délicate que la soie de la terre au sortir du four, où cette
matière est imprimée de la trace des oiseaux migrateurs par ce
grand V de Vitesse, de Voilure et de Vent. Ainsi vont les
destins aux vents, et, la peinture nous trace les caprices
colorés de l’âme libérée.
La couleur azur n’a pas
l’exclusivité du ciel et du firmament. Il y a de l’infini dans
les particules de sable qui chargent la couleur des toiles de
Haider. Un tourbillon de sable nous désoriente, pourtant en
regardant ces toiles j’oublie ce que sont le haut, le bas, la
droite, la gauche et les points cardinaux.
L’air n’est pas pesant,
étouffant comme il se pourrait, c’est plutôt l'objet d'une
conquête pour un apaisement, celle du temps suspendu. L’écran du
ciel fige l’élan éternel d’une myriade de petites présences
poudreuses et colorées, indéfinissables.
L’enfant, couché dos à
la dune, les yeux au ciel connaît le bonheur d’être en
entre-deux.
La main d’Haider qui
tient son pinceau devient la main qui tient la corde au bout de
laquelle flotte le cerf-volant, lequel dialogue avec son double,
le spectateur. "…
Thierry
Cardon
artiste photographe
Blois, avril 2007
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